À travers neuf récits photographiques, CROISER met en lumière celles et ceux dont les histoires, en se rejoignant, ouvrent un avenir.
Chacune de ces séries est née d’un terrain précis: une caste en Inde, une côte polluée en Haïti, un camp de réfugiés palestinien en Syrie, un bidonville au Kenya, une communauté migrante aux États-Unis, un centre d’accueil au Sri Lanka. Mais à mesure que les images se sont assemblées, une évidence s’est imposée : aucune de ces histoires ne se laisse enfermer dans un seul thème. La reconstruction après un conflit croise toujours la lutte pour les droits des femmes. La lutte contre les discriminations passe par l’éducation. La protection de l’environnement engage les mêmes questions de justice et de dignité que la défense des droits humains.
Cette exposition réunit neuf récits photographiques réalisés auprès de femmes, de jeunes et de communautés engagées dans des contextes marqués par l’exil, les inégalités, les violences ou les bouleversements climatiques. Face à ces réalités, il ne s’agit pas seulement de témoigner, mais de montrer ce qui se construit de commun aux points où les luttes se rencontrent : des formes de résistance, d’invention et de transmission.
CROISER, c’est refuser de raconter ces vies comme des lignes parallèles qui ne se rejoindraient jamais. Une frontière, une épreuve, une rupture ou une peur y deviennent des zones de confluence plutôt que des fins de parcours. Comme des chemins qui se recoupent avant de repartir chacun enrichis vers son horizon. Cette exposition met à l’honneur des héros anonymes, celles et ceux qui transforment des vies et ouvrent des chemins vers davantage de dignité, de solidarité et d’espoir.
Les initiatives locales
FoProBiM, Haiti
Fondation pour la Protection de la Biodiversité Marine (FoProBiM), Cap-Haïtien, Haiti
Photographe: Olivier Jobard
Basée à Cap-Haïtien, la Fondation pour la Protection de la Biodiversité Marine (FoProBiM) est, depuis sa création en 1992, la seule ONG haïtienne entièrement dédiée à la protection des écosystèmes côtiers et marins du pays, reconnue officiellement par le gouvernement haïtien en 1995 en tant que fondation œuvrant pour l'environnement dans les domaines du développement durable, de l'éducation, de la recherche, du suivi et du plaidoyer. Elle accompagne au quotidien les communautés de pêcheurs et de charbonniers dont la survie dépend d'un littoral aux ressources en déclin, en menant des actions de sensibilisation, de recherche scientifique et de plaidoyer pour une gestion durable des mangroves, récifs coralliens et herbiers marins. Son action se traduit notamment par la reforestation de plus de 10 000 palétuviers rouges à Caracol et à Camp Louise, illustrant son engagement de terrain contre la disparition de la forêt de mangrove qui protège la côte.
Jagar Pratishthan, India
Jagar Pratishthan, Beed district, Maharashtra, India
Photographe: Chloé Sharrock
Dans le district de Beed, au Maharashtra, des veuves d'agriculteurs cultivent des terres qu'on leur permet rarement d'hériter, dans une région où les moussons défaillantes et l'endettement poussent les familles paysannes vers la coupe de canne à sucre saisonnière. Les dettes contractées au nom de leurs maris disparus leur restent, elles, acquises. Jagar Pratishthan accompagne ces veuves et leurs familles dans la revendication de leurs droits fonciers et la reconnaissance légale dont dépendent leurs droits d'héritage, tout en s'attaquant aux exclusions de caste qui sous-tendent ces deux injustices.
+91 95272 39000
Emerge Lanka, Sri Lanka
Emerge Lanka, Colombo, Sri Lanka
Photographe: Guillaume Binet
À Colombo, l'organisation Emerge Lanka accompagne depuis plus de vingt ans des adolescentes survivantes de violences sexuelles, dont beaucoup ont grandi placées sous la protection de l'État. Nées en 2005 de la rencontre d'une étudiante américaine avec une fillette de 11 ans marquée par un abus, ses actions combinent aujourd'hui un accompagnement psychosocial tenant compte des traumatismes avec des ateliers de fabrication de bijoux et de formation professionnelle, afin que les jeunes filles quittent le système d'accueil institutionnel avec des compétences concrètes et un revenu qui leur soit propre.
Al-Beit al-Felastini, Syria
Al-Beit al-Felastini, Yarmouk, Damascus, Syria
Photographe: Olivier Jobard
À Yarmouk, camp de Damas qui abritait avant la guerre la plus importante communauté palestinienne de Syrie, des familles palestiniennes reviennent reconstruire une vie dans un endroit où l'eau reste rare et les sols abîmés, après des années vidées de leurs habitants par le siège et les combats. Al-Beit al-Felastini, « La Maison palestinienne », fournit des services essentiels à cette communauté du camp, notamment à travers deux écoles qu'elle soutient depuis la chute de Bachar al-Assad.
Holy Trinity Migrant Familia, United States
The Holy Trinity Migrant Familia, Washington, DC, USA
Photographe: Agnès Dherbeys
À Washington, DC, des familles afghanes, salvadoriennes et gabonaises abordent le système d'asile américain aux côtés de l'équipe Holy Trinity Migrant Familia. Créée en 2017 après l'accueil d'une famille syrienne, cette initiative paroissiale accompagne aujourd'hui une trentaine de familles venues de quatorze pays, à travers leurs démarches de demande d'asile, la scolarisation des enfants et l'accès au logement, tandis que détentions et audiences judiciaires touchent directement la communauté qui les entoure. Certaines familles sont engagées dans cette procédure depuis des années.
www.trinity.org/social-justice/migrants-refugees
+1 202 903 2836
Migrant Justice / Justicia Migrante, United States
Migrant Justice / Justicia Migrante, Burlington, Vermont, USA
Photographe: Guillaume Binet
Environ 1 200 travailleurs agricoles immigrés, pour la plupart originaires du sud rural du Mexique et d'Amérique centrale et déplacés par les politiques commerciales américaines et le changement climatique, vivent et travaillent dans les fermes laitières du Vermont. Ils y effectuent des semaines de plus de soixante-dix heures pour des salaires inférieurs au minimum légal, sous la menace constante d'arrestation et d'expulsion. Fondée en 2009 et dirigée par ces mêmes travailleurs, Migrant Justice mène un travail d'organisation communautaire qui a permis d'obtenir des droits et des protections bénéficiant aux communautés immigrées de tout l'État, notamment à travers son programme Milk with Dignity, qui engage la responsabilité des grandes entreprises laitières envers les ouvriers de leur chaîne d'approvisionnement.
CFK Africa, Kenya
CFK Africa, Kibera and other informal settlements, Nairobi, Kenya
Photographe: Guillaume Binet
Fondée en 2001 dans les bidonvilles de Nairobi, CFK Africa aide les jeunes mères vivant dans les quartiers informels à reprendre le chemin de l'école ou d'une formation professionnelle, en associant ce soutien à un accompagnement psychologique et à des espaces sûrs, à travers son programme Girls Empowerment et son projet Funzo destiné aux jeunes mères. L'organisation travaille aussi avec les propriétaires, les postes de police dédiés aux violences de genre et des hommes alliés pour lutter contre les violences sexuelles et basées sur le genre, qui touchent 45 % des femmes kényanes au cours de leur vie.
Gulabi Gang, India
Gulabi Gang, Uttar Pradesh, India
Photographe: Véronique de Viguerie
Dans le nord de l'Inde, des femmes rurales gagnent un salaire journalier aux champs tout en affrontant, dans leurs propres villages, les violences domestiques et les mariages d'enfants. Fondé en 2006 par Sampat Pal Devi dans le district de Banda, en Uttar Pradesh, le Gulabi Gang est un collectif de femmes qui propose des formations à la couture et à des activités génératrices de revenus, enseigne aux filles l'autodéfense et leurs droits, et œuvre à maintenir les filles issues de familles pauvres à l'école. Lorsqu'elles interviennent, ses membres portent le sari rose qui a donné son nom au mouvement — un sari que le Gulabi Gang décrit comme la voix de femmes qui ont appris à exiger le respect.
www.gulabigang.in · Instagram @Sampatpalofficial · Helpline and WhatsApp +91 8009152345
Inuka Cultural Center, Kenya
The Inuka Cultural Center, Kibera, Nairobi, Kenya
Photographe: Guillaume Binet
Installé dans le bidonville de Kibera, le plus grand quartier informel de Nairobi, l'Inuka Cultural Center est un programme d'autonomisation de la jeunesse fondé par Salim Rollins, qui utilise les arts du mouvement, des ateliers de connaissances et des formations professionnelles pour ouvrir de nouveaux horizons aux jeunes et aux communautés locales. Il s'articule autour de trois programmes piliers, gratuits pour les jeunes et les habitants : Slum Dance Africa, dédié à la danse urbaine ; le Capoeira Angola Center Kibera, première branche africaine du centre de Mestre João Grande ; et un programme d'accompagnement destiné spécifiquement aux filles et jeunes femmes, axé sur le mentorat et le leadership. Les pistes de danse et les rodas de capoeira y font office d'espaces sûrs où se mêlent apprentissage, culture et construction de soi.
Les photographes sont:
Agnès Dherbeys
Agnès Dherbeys, photojournaliste primée (médaille d’or Robert Capa, World Press Photo), documente les questions d’identité. Elle a travaillé aux États-Unis pour The PhotoBridge Project.
Guillaume Binet
Guillaume Binet, (Grand Prix des Lectrices ELLE, Picture Of the Year International) documente les conflits et collabore avec de grandes organisations humanitaires. Il a mené ses reportages au Sri Lanka, aux Etats Unis et au Kenya.
Chloe Sharrock
Chloé Sharrock couvre les droits des femmes et les crises contemporaines, lauréate du CNAP et de la Grande Commande nationale. Sa mission l’a conduite en Inde dans le Maharashtra.
Oliver Jobard
Olivier Jobard consacre son œuvre aux migrations et à l'exil depuis plus de vingt ans (Visa d'Or, World Press Photo, Emmy Award). Il a travaillé en Syrie et en Haïti.
Véronique de Viguerie
(World Press Photo, Prix Bayeux, Visa d’or humanitaire ) a travaillé dans l’Uttar Pradesh en Inde.
Contacts
Guillaume Binet
Roger Middleton